Politique du Brésil en matière de VIH destinée aux populations autochtones

Politique du Brésil en matière de VIH destinée aux populations autochtones

Adele Benzaken, Directrice du Département du Ministère de la santé brésilien chargé du VIH / SIDA, des IST et des hépatites virales

Actuellement, le Brésil compte environ 1 million d’autochtones, dont 750 000 vivant dans des terres et territoires autochtones qui occupent environ 12 % du vaste territoire brésilien.

Selon l’Institut brésilien de géographie et de statistiques (Institut Brasileiro de Geografia e Estatística/IBGE, 2010), cette population autochtone se répartit en 305 groupes ethniques environ, parlant de nombreuses langues différentes, et vit parfois dans des zones reculées de la forêt brésilienne qui reste dense, sur son littoral très étendu ou en périphérie de ses grandes métropoles.

Il n’est donc pas surprenant que, en 2010, le Brésil (dans le cadre de son système de santé publique universel et gratuit (Sistema Único de Saúde/SUS)) ait déployé des efforts considérables pour mettre en place ce qui est actuellement le plus grand système de santé publique au monde ciblé exclusivement sur les populations autochtones, tout en tenant compte de toute leur diversité.

Créé pour assurer les services de soins de santé primaire dans les terres autochtones, le secrétariat spécial à la santé des populations autochtones du Ministère de la santé brésilien (Secretaria Especial de Saúde Indígena/SESAI) a réorganisé les 34 Districts autochtones sanitaires spéciaux existants (Distritos Sanitários Especiais Indígenas/DSEIs), constitués dans les années 1990 comme plaques tournantes pour le système de santé publique brésilien et sa politique concernant les populations autochtones.

Actuellement, le SESAI dispense des services de soins de santé à chaque communauté autochtone vivant sur le territoire brésilien, quel que soit son éloignement. (Cependant, les populations autochtones urbaines sont prises en charge par le SUS.)

Les services du SESAI sont assurés par plus de 800 équipes. Ce personnel est composé de médecins, d’infirmières, de techniciens de soins de santé, de psychologues, de conseillers (en particulier de groupes d’agents de santé autochtones (Agents Indígenas de Saúde/AISs)) qui appartiennent au groupe ethnique concerné. Embauchés comme salariés du SESAI, ces agents spécialement formés facilitent la communication et la compréhension entre les professionnels de santé du SESAI et les populations autochtones dont ils ont la responsabilité. Les agents de santé autochtones sont également formés pour appliquer certaines procédures comme les tests rapides, par exemple.

DU PROJET A LA POLITIQUE PUBLIQUE

Il y a quelques années, la directrice actuelle du Département du Ministère de la santé brésilien chargé des IST, du VIH / SIDA et des hépatites virales, Adele Benzaken, a mis en place un projet révolutionnaire pour les communautés autochtones (dont les Yanomami) d’Amazonie brésilienne. Financé par la Fondation Bill & Melinda Gates, le projet INCREASING ACCESS TO HIV AND SYPHILIS SCREENING IN REMOTE AREAS USING RAPID TESTS IN THE AMAZON REGION (amélioration de l’accès au dépistage du VIH et de la syphilis par des tests rapides dans les zones reculées d’Amazonie) a contribué à juguler la syphilis et la syphilis congénitale dans les populations autochtones d’Amazonas et de Roraima, deux états qui restent densément boisés et qui abritent de nombreuses communautés autochtones isolées.

Ce projet portait sur les vulnérabilités propres aux populations autochtones de l’ensemble du territoire brésilien, donnant aux communautés locales les pouvoirs nécessaires pour combattre les violences contre les femmes et empêcher la syphilis, le VIH et d’autres IST, ainsi que la transmission verticale de ces maladies. Le projet pionnier a traité les mesures préventives comme les préservatifs et des tests rapides ont été utilisés pour pratiquer le dépistage de la syphilis et du VIH sur la population sexuellement active dans les villages éloignés dépourvus de toute infrastructure de laboratoire. De cette manière, le projet INCREASING ACCESS TO HIV AND SYPHILIS SCREENING IN REMOTE AREAS USING RAPID TESTS IN THE AMAZON REGION a mis en place le premier test rapide pour la syphilis au Brésil, avec des résultats positifs spectaculaires ; il s’est révélé être le meilleur moyen d’empêcher que les enfants naissent avec la syphilis et le VIH. En 2012, les tests rapides sont devenus une politique publique pour la population globale et pour la population autochtone brésiliennes. Au cours de la période 2012 – 2017, la distribution de tests rapides pour les 34 DSEI brésiliens a progressé, passant de 54 645 (2012) à 152 470 (2017) tests rapides pour le VIH et de 27 140 (2012) à 66 150 (2017) tests rapides pour la syphilis. Sur la base également de ce projet, le Brésil a établi la vérification et la validation des tests sur la totalité de son territoire.

AGENTS DE SANTE AUTOCHTONES: DAUX EXEMPLES ELOQUENTS

Vinicios Ancelmo Lizardo ou, sous son nom de naissance Avaí de Pureenco, est un agent de santé autochtone travaillant principalement en Amazonie. “Pour aider mon peuple, je dois l’aider à comprendre ce que signifie réellement la santé pour lui” explique-t-il. Avant d’expliquer la prévention du VIH à un groupe de Tikuna souriants aux yeux écarquillés, il leur parle dans leur langue d’amour, de sexe et de liberté et les fait rire en leur expliquant, avec l’aide d’un godemiché réaliste, la manière d’utiliser un préservatif masculin. M. Lizardo reconnaît qu’il est difficile de briser les barrières culturelles et de bâtir des ponts entre la science et la tradition mais il sait également qu’il n’est pas possible d’abandonner les communautés autochtones.

Indigenous health worker Jijuké Hukanaru Karajá, on the other hand, is a nurse at DSEI Araguaia – a Special Indigenous Sanitary District placed strategically at the border of three great, still wild Center-West Brazilian states: Mato Grosso, Goiás and Tocantins.  

La professionnelle de santé autochtone Jijuké Hukanaru Karajá, d’autre part, est infirmière au DSEI d’Araguaia, district sanitaire autonome spécial situé stratégiquement aux frontières de trois grands états restés sauvages du centre-ouest du Brésil : Mato Grosso, Goiás et Tocantins.

Agée de 31 ans, Jijuké est expérimentée et travaille sans relâche, franchissant les frontières souvent invisibles entre la civilisation urbaine moderne et la civilisation villageoise autochtone brésiliennes pour faire bénéficier cette dernière de services de soins de santé essentiels. Elle marche dans les pas de son père, agent de santé autochtone Karajá né dans le village de Santa Isabel do Morro Karajá, sur l’île de Bananal, dans l’état du Tocantins. Jijuké aime passionnément son travail et explique qu’elle est très fière d’appartenir au système de santé publique autochtone brésilien. “J’ai travaillé au DSEI, en ville, et, à l’autre extrémité, dans mon village autochtone avec mon propre peuple et il est extrêmement valorisant de l’aider de cette manière” précise-t-elle. Jijuké explique que de nombreuses personnes qui travaillent dans le système de santé publique autochtone brésilien sont elles-mêmes autochtones, ce qui facilite ainsi la communication et réduit les différences culturelles. La prévalence du VIH et de la syphilis reste basse dans les populations autochtones brésiliennes mais augmente de manière visible en raison de la proximité et/ou de l’interaction avec les villes voisines. Traversant de grands cours d’eau et parcourant de longues distances avec leur précieuse cargaison de tests de pointe, le DSEI d’Araguaia et ses professionnels de santé réalisent des tests de dépistage du VIH, de la syphilis et d’autres IST deux à trois fois par an, dans tous les villages autochtones ciblés. Selon Jijuké, ces efforts sont accueillis positivement par les communautés autochtones. “Les tests suivent toujours une série de conférences et d’ateliers dans les villages, portant sur la prévention du VIH et d’autres IST, le processus se déroule ensuite naturellement” explique-t-elle. Grâce au système de santé publique autochtone complexe du SESAI, chaque autochtone bénéficie de conseils et de traitements immédiats lui permettant de savoir s’il est infecté par le VIH. Point important : dans le cadre de ce système unique, tous les efforts de réponse au VIH sont adaptés aux différentes populations autochtones impliquées.

Presidente da Ahimsa Partners é apresentado a projetos da resposta brasileira ao HIV / Présentation, au président d'Ahimsa Partners, de la réponse du Brésil au VIH / SIDA
Pour en savoir davantage, consultez cet article du Ministère de la santé brésilien.

2018-09-04T14:18:44+00:00août 3rd, 2018|Field Projects|