Voyage au Bangladesh en Février 2018

Le Ban­gla­desh, un pays de 180 mil­lions d’habitants, trois fois plus peu­plé que la France, sur le quart de sa super­fi­cie.

BangladeshUn pays où vit une mino­ri­té de la popu­la­tion très riche, sou­vent plus riche que dans nos pays du Nord, au milieu d’une majo­ri­té de popu­la­tion très pauvre. C’est l’un de pays les plus pauvres du monde, on y côtoie les pauvres par­mi les plus pauvres.

Le Ban­gla­desh, un pays où sévissent les condi­tions cli­ma­tiques les plus dures : mous­sons, inon­da­tions, cyclones, trem­ble­ments de terre..

J’ai ren­con­tré des gens qui avaient dû, suite à ces condi­tions, redé­mar­rer une nou­velle vie pour la 17ème fois, depuis ces cinq der­nières années. Chaque fois, ils ont tout per­du et, chaque fois, ils ont dû tout recons­truire, parce qu’au Ban­gla­desh, les inon­da­tions, les cyclone ne sévissent pas une fois par an, ils reviennent deux, trois fois dans la saison…ils détruisent tout.

A cela s’ajoute un ter­rible pro­blème de san­té publique : 90% de l’eau est conta­mi­née par de l’arsenic et tue à petit feu cette popu­la­tion. Selon l’Organisation mon­diale de la san­té, la popu­la­tion du Ban­gla­desh subit “la plus impor­tante conta­mi­na­tion de masse de l’histoire”. Une mort sur cinq est due à l’arsenic.

Mal­gré ce contraste, entre la misère et la richesse, la fata­li­té cli­ma­tique, les sai­sons d’une cha­leur humide et acca­blante sui­vi de déluge sans pré­cé­dents, d’un pays tra­ver­sé par 32 fleuves indomp­tables au moment des mous­sons, j’ai ren­con­tré une popu­la­tion riche de com­pas­sion et d’espérance. Mal­gré ces drames, ces bles­sures qui laissent toute une vie des cica­trices indé­lé­biles, c’est dans ce pays de contrastes que l’on trouve chaque fois une solu­tion, un modèle, un enga­ge­ment, un nou­veau départ… que l’on garde ce sou­rire qui enri­chit celui qui le reçoit, sans appau­vrir celui qui le donne. Comme le disait B.Spinoza, les plus intimes et les plus belles unions résultent des contrastes les plus forts.

C’est ce pays qui, écar­te­lé par son propre des­tin, a accep­té d’accueillir plus de 1 mil­lions de réfu­giés Rohin­gyas sur ses terres, quelle leçon !!!

Le plus pauvre par­mi les pauvres tends la main et accueille le plus déses­pé­ré des réfu­giés, avec la soli­da­ri­té de tous ceux qui s’y impliquent, c’est magique..

Quelle leçon pour cha­cun de nous qui vivons dans nos vies bien éta­blies et qui nous plai­gnons, dans un affo­le­ment effa­rou­ché de devoir accueillir quelques cen­taines de réfu­giés.

Je vou­drais dire mer­ci à ce jeune pays, indé­pen­dant depuis 1971, qui n’a pas choi­si sa situa­tion mais qui en l’acceptant, gère aus­si celle des autres.

J’ai ren­con­tré dans ce petit pays qui repré­sente 0,03 % de la popu­la­tion mon­diale, l’ONG la plus grande du monde, devant Méde­cins sans Fron­tières : BRAC, avec qui nous avons la chance de col­la­bo­rer ; une orga­ni­sa­tion mon­dia­le­ment connue : GRAMEEN, dont son pré­sident, prix Nobel de la Paix (2006): Muham­mad Yunus, par­court le monde pour en éra­di­quer la pau­vre­té, ain­si qu’une orga­ni­sa­tion huma­ni­taire qui m’a accueilli, Friend­ship, recon­nue pour son action en faveur des plus défa­vo­ri­sés et des Rohin­gyas et diri­gée par une amie Runa Khan. Cette femme, issue d’une riche famille du pays, a un jour déci­dé de tour­ner la page de son confort éta­bli pour s’occuper des plus pauvres.

Ces gens oeuvrent pour les plus défa­vo­ri­sés de leur pays, mais à tra­vers leurs actions pour les plus défa­vo­ri­sés du monde, car ce qu’ils font ils le font pour tous ceux qui en ont le plus besoin, où qu’ils soient.

J’ai pas­sé des moments pas­sion­nants de dis­cus­sion avec Muham­mad Yunus, qui s’engage dans la pro­chaine orga­ni­sa­tion des Jeux Olym­piques en France pour réflé­chir com­ment impli­quer les plus défa­vo­ri­sés dans la ges­tion de ces Jeux. Com­ment faire pro­fi­ter de ce moment de gloire les plus déshé­ri­tés de ce pays, com­ment ne pas lais­ser à l’abandon tous ces pro­jets et inves­tis­se­ments qui une fois pas­sé la fête du moment, tombe dans l’oubli et le dés­in­té­rêt de tous.

J’ai vécu loin de tout confort, au milieu des rivières, près d’un bateau hôpi­tal, idée géniale lan­cée par Runa, pour venir à la ren­contre des plus dému­nis, car pour ces popu­la­tions, si le soin ne va pas à la ren­contre des plus vul­né­rables, ceux qui n’ont pas accès aux hôpi­taux, aux dis­pen­saires, ne seront jamais soi­gnés. Je ne peux m’empêcher de faire un ami­cal clin d’oeil à cette équipe médi­cale fran­çaise venue opé­rer sur le bateau et don­ner, comme ils l’ont si bien dit, de leur temps et de leur com­pas­sion, pour venir s’occuper de ceux qui sont dans le besoin. Mer­ci à tous ces ambas­sa­deurs de la soli­da­ri­té, pour leur démarche d’amour…

ll ne s’agit pas uniquement de donner de quoi vivre, mais de rendre aux malheureux des raisons de vivre.” Abbé Pierre

Il y a de très belles choses sur le ter­rain, il faut venir les voir car on n’en parle pas suf­fi­sam­ment. La pau­vre­té humaine amène sou­vent la richesse du coeur et de l’esprit, je l’ai vu une nou­velle fois, au Ban­gla­desh.

Mer­ci à vous tous, amis du Ban­gla­desh, pour cette nou­velle leçon de vie…